Alors que le déficit de pluie ne fait que s’accentuer, les communes doivent s’organiser pour avoir assez d’eau potable pour passer l’été. Un défi technique pour les syndicats des eaux et les communes.
Historique, dramatique, tous les superlatifs peuvent décrire l’épisode de sécheresse que connaît la France depuis le mois de juin. Les responsables de la gestion des eaux dans le département les emploient aussi. « La situation évolue tous les jours mais pas en bien », reconnaît Lionel Jacquemin, président du syndicat mixte des eaux Laffon de Ladebat et maire d’Heudicourt-sous-les-Côtes. « Nous sommes face à une situation inédite, très préoccupante », constate Gérald Michel, maire de Savonnières-devant-Bar, vice-président de la communauté d’agglomération Meuse Grand Sud, en charge de l’eau et de l’assainissement.
Si les bassins Saulx-Ornain et plaine de Woëvre sont passés en crise sécheresse, c’est en partie aussi à cause de la tension sur l’alimentation en eau potable. L’exemple le plus parlant se situe au sud de Bar-le-Duc : une canalisation d’urgence de presque 3 kilomètres, posée à même le sol, a dû être tirée entre Silmont et Culey, pour l’alimentation en eau de cette dernière ainsi que de Resson et Loisey. Ces trois communes, interconnectées, sont normalement alimentées par deux captages d’eau, au plus bas à cause de la sécheresse. L’un d’eux est ensablé, ce qui complique encore le remplissage des cuves. Aucun nettoyage ne pouvant être envisagé avant l’automne, la décision de la création d’une canalisation est prise dès la mi-juillet, avec une mise en service à la mi-août, après une purge du tuyau.
Nous connaissons en temps réel le niveau de nos cuves
Lionel Jacquemin
Une résolution qui a pu être trouvée rapidement, car la connaissance du réseau est meilleure : « Aujourd’hui, nous avons des outils de télégestion, nous connaissons en temps réel le niveau de nos cuves. La surveillance est accrue, en cette période et nous pouvons réagir rapidement en cas de problèmes », décrit Lionel Jacquemin. Les interconnexions entre les communes sont très précieuses : si un village s’apprête à manquer d’eau, un autre peut l’alimenter très rapidement.
Malgré les difficultés, certains villages continuent de gérer seuls leurs ressources en eau. Entre Rumont, Lavallée et Villotte-sur-Aire, Levoncourt est un village paisible de 50 âmes. Mais en cette période estivale, la maire, Marie-Pierre Verdun, ne prend pas beaucoup de repos. Depuis le 11 août, elle est obligée d’organiser des ravitaillements en eau par camion-citerne : « En Meuse, nous sommes toujours la première commune à être citerner », plaisante la maire.
Levoncourt n’en est pas à son coup d’essai : à la mi-août en 2020, la commune devait aussi être ravitaillée en eau potable. Des livraisons qui se sont succédé jusqu’au mois d’octobre. L’épisode se répète en 2022, mais ne dure qu’une semaine.
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En cause, la situation géologique du forage qui alimente la commune : « On est assez en hauteur et la nappe est très calcaire. Alors il n’y a pas assez d’eau pour remplir nos deux cuves de 60 m3 », décrit la maire. Un problème qui persiste malgré la rénovation du forage en 2019. À chaque fois, la commune a pu s’en sortir en achetant de l’eau auprès du syndicat des eaux Germain-Guerard. L’eau ne vient que de Rumont, à 10 kilomètres, et pourtant, chaque transport coûte plus de 700 euros au village, sans compter le prix de l’or bleu. Alors la commune s’adapte : « Nous prévoyons l’achat de l’eau dans le budget. Et nous sensibilisons les habitants : je leur dis “Faites attention à votre consommation, il n’y aura pas de livraison samedi” », décrit la maire. Mais c’est avant tout pour les animaux que les livraisons sont importantes : la commune abrite deux élevages bovins et un poulailler.
Levoncourt a déjà reçu dix ravitaillements en eau cette année. Et un double est prévu ce vendredi.
Levoncourt tient à son indépendance, malgré toutes les galères liées au citernage. Marie-Pierre Verdun n’envisage pas de rattacher sa commune à un syndicat des eaux. Elle avait d’ailleurs manifesté contre le transfert de la compétence eau et assainissement aux communautés de communes : « Nous avons des prix qui défient toute concurrence. C’est particulièrement important pour nos agriculteurs qui consomment beaucoup avec leurs bêtes. » Elle l’affirme : peu importe l’évolution climatique, tant qu’elle trouvera de l’eau à acheter et tant que des personnes de la commune se mobiliseront pour assurer le fonctionnement du château d’eau, Levoncourt continuera de gérer seule sa ressource.